Le blues de Viviane Craig

bldlcjmCinquième roman de Jean Mattern, Le bleu du lac est un monologue intérieur,  le « flux de conscience » d’une narratrice. Viviane Craig pianiste célèbre, est en route pour les obsèques de son amant, James Fletcher, non moins célèbre critique musical. Une apnée du sommeil de trop a été fatale à son cœur « entraînant une mort silencieuse et sans douleur ». Les vieux amants cachaient leur liaison aux yeux du monde et surtout à Sebastian, l’époux de Viviane. La pianiste doit jouer le 2ème intermezzo de Brahms selon les dernières volontés de son amant. Le trajet familier en métro lui donne l’occasion de revenir sur une trajectoire.« (…) à l’époque, je ne réfléchissais pas aux trains qui me brinquebalaient, je ne réfléchissais pas tout court, je voulais seulement aller vite (…) ». Au fur et à mesure des stations, Viviane passe en revue les débuts de sa carrière, sa rencontre avec James. Les deux événements sont liés par le désir : jouer de la musique, jouer avec le corps de son amant. Les considérations autour de la force et de la beauté de James donnent parmi les plus belles pages du livre. Mais au-delà du désir et parce que son amant est maintenant disparu, Viviane s’interroge sur le sens de sa vie « (…) j’ai si peur du moment où je ne parviendrai plus à convoquer la mémoire de sa voix claire et de son rire pour me tenir compagnie, alors si je dois perdre aussi mes souvenirs de James, je saurai que la vie ne vaudra plus la peine d’être vécue (…) ». À partir de là – la page 54 exactement –  le roman prend une autre tournure. Sans devenir tragique, le ton change, la narratrice ne peut plus être la même. L’écriture devient plus vibrante, Viviane « commence à perdre pied ». Les phrases – on pourrait même parler de périodes dans ce cas –  allongées par le principe du « flux de conscience » qui épouse l’agitation (apparente) d’une pensée en action se brisent sous les coups d’un usage savant de la ponctuation. Autre chose s’organise devant nous dans l’esprit de Viviane. Le doute s’immisce, jusqu’à une fin surprenante et lumineuse. Un très beau texte que l’on veut relire sitôt le livre refermé, et pourquoi pas à haute voix ? La musique de Jean Mattern est somptueuse.

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